02 septembre 2009
L'Histoire de la Villa des Hauts de Belleville, feuilleton
chaque semaine, dans la grande tradition des journaux du XIXème siècle, un épisode de la passionnante histoire de notre immeuble.
Le suspens ne sera pas toujours au rendez-vous, mais qui sait, peut-être serez vous "accroché" et voudrez en savoir plus !
sixième épisode : Le travail et la vie sociale
Le travail et la vie sociale
Dans les années 1950-1960
- Ma grand-mère était concierge aux Otages. Elle tenait la loge et assurait l'entretien. Elle vendait cartes, brochures, chapelets, bulletins des Otages, plaquettes du Sacré-Cœur et deux livres : « Les drames de la Commune « et « Acte de captivité ». Les gens s'inscrivaient là pour des messes, réservaient pour un mariage ou un baptême. Cela lui faisait beaucoup de travail.
- Rue des Tourelles à droite il y avait un grand atelier qui faisait des jouets un peu de luxe : des voitures de pompiers et des camions. Pour arrondir les fins de mois ma mère travaillait à la maison pour ce fabriquant. On peignait les petits bonhommes en plâtre. Elle allait en chercher 200, 500 ou 1 000. Il y en avait partout à la maison. Dans la voiture de pompiers il y avait le chauffeur, à côté son servant et deux autres sur la banquette arrière.
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Ma mère travaillait toute la journée et le soir on s'y mettait tous, sauf ma sœur J. qui était préposée à la vaisselle. Mon père avait fait des grandes planches à clous sur lesquelles on posait les personnages creux debout. Le premier boulot était de faire le visage. Nous les mômes on savait faire. On avait un pinceau et on badigeonnait de rosé. Après il y avait la jugulaire du casque en noir et le ceinturon en marron et mes parents ajustaient la vareuse et le pantalon. Pour les bottes on y allait d'un grand coup de pinceau et ma mère faisait les raccords. Pour le casque on prenait cette peinture argentée. Le casque c'était la finalité. A la fin il fallait faire les lèvres et les yeux que ma mère faisait elle-même sinon ils louchaient ! On en a fait des milliers.
- A cette époque tout le monde avait du travail, on en trouvait facilement.
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- Avec une bande de copains on allait souvent à la piscine des Tourelles. Un samedi, à cette époque la plupart des gens travaillaient ce jour-là, sur le chemin, on rencontre un pote qui nous dit : « Attendez moi, je donne ma démission et je viens avec vous. » Il savait qu'il trouverait un autre travail dès le lundi.
- Je changeais souvent de travail, je choisissais le quartier. On se faisait embaucher pour deux ou six mois ou plus. Quand on ne se plaisait pas on partait. J'ai été permanente salariée à la maison des jeunes dès son ouverture dans les années 60,
- Je travaillais rue Haxo après la pharmacie chez De Pascali, fabriquant de malles et valises, après j'ai travaillé chez Bull et grâce au 1 % patronal j'ai eu droit à un appartement ici.
- A partir de 16 ans je me suis occupé des jeunes du patronage. J'étais responsable surtout du basket et je jouais au ping-pong. Toute ma vie, j'ai donné cent pour cent de mon temps au sport. Je commençais le matin à 6 heures et tous les soirs je venais ici m'occuper des jeunes.
- A 15 ans mon père m'a dit : « Tu seras mécanicien. » et j'ai travaillé dans un garage rue Carolus-Duran jusqu'à 20 ans, mais cela ne m'a jamais plu. Par le basket, j'ai été jouer à Melun quand un monsieur m'a proposé de venir dans son atelier d'imprimerie rue de Romainville pour apprendre le métier comme régleur. Cela a très bien marché et j'y suis resté 20 ans. J'avais 40 ans quand l'entreprise est partie à Orléans, on m'a demandé de suivre, ce que j'ai refusé. Je n'avais donc plus de travail. Dans l'immeuble une famille italienne habitait au premier étage. Ils étaient ingénieurs conseils et sportifs ils s'occupaient des camps de jeunes avec moi. Ils ont proposé de m'embaucher. Je n'avais jamais rien fait dans leur métier et je ne savais pas ce que c'était. Ils m'ont employé pendant six ans, ils avaient très peu de travail.
Après j'ai eu une proposition de venir m'occuper d'une équipe de basket de haut niveau dans une entreprise de la ville de Paris où il y avait une équipe professionnelle. J'ai accepté et je suis parti travailler à Argenteuil où j'ai occupé un poste de responsable de la facturation tout en étant responsable de l'équipe de basket. J'étais augmenté tous les mois en suivant le coût de la vie. On avait mois double en août et en décembre plus une prime d'intéressement. C'était une belle époque.
- Adolescente, j'ai fait des petits jobs d'été, chez Déchaux, au restaurant Jacques Borel et chez Tati. Chez Tati ce n'était pas drôle, on nous obligeait à racoler les clients sur le trottoir, le soir on nous fouillait pour voir si on n'avait pas piqué des fringues. Mon père est venu me voir une fois, il voulait que j'arrête. Mon père travaillait rue de Belleville dans une usine de décolletage. Ma tante a travaillé à l'imprimerie Déchaux puis au dispensaire rue Haxo. En face des Otages il y avait un café bougnat où mon grand-père a travaillé.
- J'étais jardinière d'enfants, et mon mari était fonctionnaire au ministère de l'Air.
- J'étais institutrice rue de Romainville.
- J'étais d'une famille ouvrière.
- Ma femme était petite main chez Brummell.
- Ma mère cousait. Elle faisait même les manteaux.
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- J'avais trouvé une place d'aide cuisinière dans l'école Saint-Joseph au Pré-Saint-Gervais, où étaient mes filles. On partait ensemble le matin et on rentrait ensemble le soir. Nous étions nourries toutes les trois à midi. J'étais contente même si mon salaire était inférieur à ce que j'aurais touché en usine. En arrivant à Paris, j'étais tellement inquiète pour mes filles dans cette grande ville.
- J'étais vendeuse dans le prêt à porter rue de Rivoli. Mon mari était dans l'imprimerie et faisait les trois huit, les filles n'ont jamais été à la garderie ni à la cantine. Mon beau-père était coiffeur rue de Belleville.
- Mon grand frère était vicaire à Notre-Dame-de-La-Croix, pour s'occuper des garçons. Moi, je suis femme de cheminot.
- Dans l'immeuble beaucoup travaillaient à l'imprimerie juste à côté, d'autres rue Saint-Fargeau, dans une autre entreprise ; ils n'avaient pas besoin de voiture. C'était le principe il fallait habiter le quartier.
- Mon mari travaillait pour des associations qui n'avaient guère d'argent et guère de locaux. Il avait été scout routier, avait quasi fondé la route scoute de France et pendant la guerre les groupe des Amitiés scoutes. Moi j'avais appartenu aux Guides de France.
- Ma belle-mère était secrétaire chez Chebillon un fabricant de médailles rue de Belleville.
- J'ai dû arrêter mes études à 17 ans, mon père étant au chômage et en 1961 et j'ai commencé à travailler à l'UCCMA caisse centrale agricole où j'étais dans un service de mécanographie.
Après mon mariage en 63, j'ai arrêté de travailler jusqu'en 75 où j'ai commencé comme salariée à la Maison des Jeunes. A l'UCCMA c'était un travail à base de chiffres. J'ai appris la comptabilité en la faisant. Je n'ai même pas un CAP de comptabilité et pourtant maintenant je donne des cours, je n'ai jamais fait de formation.
J'ai démarré à mi-temps, puis à trois quarts temps. Je n'ai jamais voulu faire un plein temps et j'ai toujours aimé travailler à plusieurs endroits. J'intervenais déjà dans les formations de Jeunesse et Sports et en 1985 j'ai rencontré le jeune directeur de la M.J.C. de Pavillons-sous-Bois, je travaille là aussi depuis. Ils sont tellement formidables que je n'ai pas envie de les quitter. A la maison des jeunes des Hauts-de-Belleville c'était déjà plus structuré, j'y travaillais trois jours.
- E. était comédien. Il était obligé d'avoir une voiture pour rentrer le soir après le théâtre. Au début, c'était la seule voiture de l'immeuble. Après, au-dessus de chez moi ils ont eu une voiture aussi, puis P. qui s'occupait de la chorale.
- Nous avons eu notre première voiture en 1960, j'avais 39 ans, une 203 Peugeot. C'était Byzance !
- Ma première voiture, c'était le général Thouvenin (le père d'Etienne) qui m'avait prêté l'argent pour l'acheter.
Dans les années 1980
- Je travaillais dans la construction de bâtiments industriels, mais j'avais mon bureau à la maison. Je m'occupais de prendre les commandes et de suivre les chantiers. En général je n'allais pas très loin dans l'Ile de France et je m'arrangeais pour rentrer à midi, ça circulait bien.
- On a toujours mangé ensemble le midi, moi je travaillais à l'école Gambetta, je faisais mes courses au Prisunic ou ailleurs, une vie de province !
- Mon fils n'a jamais mangé à la cantine. Des amis de province se demandaient comment on pouvait vivre à Paris et quand ils venaient ils trouvaient qu'on dormait bien au calme chez nous, mieux que chez eux.
- Mon mari travaillait au ministère des Affaires Etrangères dans le 7e [arrondissement], et moi au ministère des finances. On ne déjeunait jamais ensemble le midi. Les enfants étaient à la cantine, mais on prenait les repas du soir en famille.
- J'ai pris ma retraite en 1980. C'était les premiers chômages techniques, cela a été très avantageux.
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- L'entreprise où je travaillais depuis 15 ans a été réorganisée par un nouveau groupe et j'ai été licencié. J'avais 55 ans. A ce moment là on continuait à toucher la paye entière jusqu'à ce qu'on retrouve du travail. On avait intérêt à partir.
- C'est l'époque où je suis arrivé sur le marché du travail. Il fallait s'accrocher et les salaires étaient minables, les employeurs faisaient des contrats pour quelques mois, à la fin ils les déchiraient pour en faire de plus longs en partant de la date de la première embauche et ainsi de suite, ou alors, ils changeaient les intitulés.
Il y avait une chanson qui disait « La crise économique c'est fantastique, la décadence, c'est la folle ambiance ». Le chômage des jeunes et des autres, ça n'est pas neuf !
Dans les années 1990- 2000
- J'avais des revenus irréguliers. Je travaillais en vacations, j'étais payée en droits d'auteur, notes d'honoraires ou cachets, cela m'empêchait de louer.
- Je suis très mal placée pour parler de précarité du travail, étant fonctionnaire depuis fin 86. Cependant, mon salaire régulier, très insuffisant, ne m'a jamais permis de décrocher une location à Paris, d'où les colocations.
- Aujourd'hui, après 18 années de contrats précaires dans quatre ou cinq sociétés mais dans mon domaine de compétence, j'ai enfin un contrat à durée déterminée depuis deux ans. Mais cela est tellement différent de ce que j'aime faire... et puis je dois aller travailler en banlieue très loin, je passe plus de trois heures par jours dans les transports en commun. Quand je rentre, je suis épuisée. Et mon traitement ne correspond pas à ce qui aurait dû répondre à mon niveau d'étude et à mon expérience professionnelle.
La semaine prochaine : la recherche d'un nouveau logement
09:25 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note











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Commentaires
Eh bah alors ? La suite de ce feuilleton hebdomadaire ? Ca vient ?
Ecrit par : Laurent | 07 octobre 2009
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